Témoignage de Gilles

J’avais très envie de travailler bien sûr, et puis, en même temps force est de constater qu’à un moment on perd courage...

... Quand on est au chômage, on commence par croire qu’on est responsable, c’est à dire que si, à un moment ou à un autre, on perd son travail, c’est précisément parce qu’on a cessé d’être capable de travailler et donc, même si on a envie de travailler, cette envie pourtant ne trouve pas sa place, elle ne trouve pas le moyen de s’exprimer, elle ne trouve pas sa libération naturelle parce qu'avoir envie de travailler c’est être aussi capable d’aller trouver les gens, de les convaincre, de leur dire ce qu’on sait faire, de leur dire qui on est, et cela dans des moments où, paradoxalement, on est le plus démuni, où on a le moins confiance en soi. Comment voulez-vous exprimer cette envie de travailler avec des mots qui ne seront pas convaincants, avec une voix qui va être une voix blanche, et avec un regard qui parfois est fuyant ?
Je suis actuellement en train de conquérir le statut d’intermittent du spectacle car il faut un certain nombre d’heures. On va dire que mon activité est assez régulière dans le cadre d’une activité de réalisateur audiovisuel.
Bien entendu je m’y retrouve. Il est clair que quand je suis arrivé au stage PETRA, il y avait quelque chose de tragique qui flottait au-dessus de notre groupe parce que nous étions tous, je crois, moralement assez atteints. Il y avait des gens qui étaient en grande souffrance, et, moi aussi, et je crois que, précisément, c’était un bon point de départ, paradoxalement, puisque déjà, instantanément, le sentiment de ne plus être seul, de ne plus être isolé et de pouvoir constater autour de soi qu’il y avait des gens qui avaient des compétences extraordinaires, qui avaient un très bon niveau et qui, précisément venaient dire devant vous, avec vous : eh bien, je suis dans la même situation ou pire encore, et on sent, à une voix qui tremble, par exemple, que cette personne dissimule sa fragilité comme on se la dissimule à soi-même. Et ça c’est un très bon point de départ parce que c’est justement sur ce constat que va pouvoir commencer un travail qui va être une formidable opportunité de revenir sur soi, de comprendre comment on est amené à gérer cette situation et, avec les autres, puisque c’est une relation à l’autre, reconstruire petit à petit cette sécurité intérieure et cette confiance en soi.
Très clairement il y a des solidarités qui se sont instaurées. Je ne peux parler que dans le cadre du stage que j’ai personnellement suivi, et maintenant cela fait presque 2 ans, et nous continuons à avoir des relations entre nous. Il y a une vraie solidarité qui s’est construite. Il faut savoir que chacun le vit un peu en fonction de son histoire et parfois le cheminement ne se fait pas à la même vitesse pour les uns ou pour les autres.
Je pense que, dans tous les cas de figure, le stage PETRA est ce qui permet de créer en soi, de faire germer. Cela va se développer pour chacun, peut-être à une vitesse différente parce que cela se fait toujours dans le cadre d’une prise de conscience et d’un retour sur soi qui n’est pas toujours facile pour chacun. Cela veut dire qu’aujourd’hui, il y a effectivement des gens qui n’ont pas encore retrouvé du travail, mais on sent très clairement que des progrès ont été faits, que de nouvelles directions sont en train d’être explorées. Donc on ne se perd pas de vue.
J’ai compris à travers PETRA que la situation de chômage est l’expression d’une rupture d’harmonie entre soi et le monde du travail, c’est à dire qu’à un moment donné, quelque chose ne fonctionne plus entre ce que l’on est, l’idée que l’on se fait de soi-même en tant que professionnel, banquier plombier ou informaticien, et l’image que le monde vous renvoie. Cette disharmonie donne l’occasion, la nécessité pourrait-on dire, de faire un retour sur soi. Il faut comprendre pourquoi on s’est trouvé dans cette situation, pourquoi on ne parvient plus à communiquer avec l’extérieur et à faire valoir toutes ses compétences. En effet, tout n’a pas que des causes économiques. Il y a en soi, quelque chose qui ne fonctionne plus et sans doute PETRA est un chemin qui donne les moyens d’évoluer. On ne peut pas se regarder seul et faire ce travail de retour sur soi seul, on a besoin des autres. On ne peut pas être objectif, on est trop démuni.
L’accompagnement est une démarche totalement bénévole. Le stagiaire a le sentiment d’être soutenu individuellement car quelqu’un porte un regard sur lui, sans jugement, un regard véritablement libre et en même temps bienveillant. L’accompagnateur est en activité, c’est effectivement essentiel, et il aide le stagiaire tout doucement, à marcher pour revenir vers ce monde du travail dans une très grande liberté, sans aucun jugement.