Témoignage de Marjorie

Lorsque je regarde mes 29 ans de vie professionnelle, je peux dire que j’ai été gâtée. Et puis… un employeur qui change de stratégie et c’est le 1er licenciement à 39 ans... 46 ans, nouveau licenciement...

... Le hasard m’a menée vers le secteur du tourisme et des loisirs. Vendre, former, communiquer, « marketer », gérer, manager, diriger différents services et produits m’ont demandé beaucoup de travail, de temps, de passion (mais tout cela correspond à mon tempérament, j’aime travailler), donc ce fut accepté sans trop de problème. Surtout, toutes ces expériences m’ont donné beaucoup de joies.
Et puis… un employeur qui change de stratégie et c’est le 1er licenciement à 39 ans. Deux ans après (crise oblige dans le tourisme), je prends une autre direction et accepte un poste dans une société de Productions Audiovisuelles (un autre monde !). Je fais tourner l’entreprise, autant que me le permet le PDG-créateur (mégalo, malade et suicidaire pour lui, les autres et l’entreprise), jusque janvier 2000, date à laquelle nous mettons la société en sommeil.
46 ans, nouveau licenciement, un petit matelas financier, une envie de revenir vers le Tourisme et je refais CV, lettres de motivation, mailing, visites réseau, boîtes d’intérim etc… La 1er année, des annonces, des réponses, des RV, je vais en finale pratiquement à chaque fois (14 la 1er année), mais je ne passe pas ! « je suis très bien, mais trop ceci, pas assez cela et puis … quelques années de trop au compteur, donc trop chère ! mais qu’à cela ne tienne, je veux bien baisser mes prétentions. Malgré cela, c’est : « merci beaucoup, je suis sûr que vous retrouverez très bientôt un poste, c’est certain avec une telle expérience !! » Un an passe, le moral commence à baisser, les allocations également. Je rogne sur tout, ne suis plus trop sure de moi, de mes compétences, de ce que je peux faire, de ce que je dois faire ou ne pas faire.
L’entourage, lui a plein de bons conseils qui agacent ! Je n’ai plus trop envie de voir les amis qui, eux, travaillent, ont une place dans la société, sont reconnus, partent en vacances, ont un salaire contre du travail tandis que moi je reçois un peu d’argent sans contrepartie (humiliant !), l’ANPE est de plus en plus nulle (à mon sens), le réseau qui me reçoit a peur de devenir ce que je suis, et puis il y a moins d’annonces, encore moins de RV etc… tout cela fait que je descends doucement sans en avoir conscience et l’entourage, les amis, la famille qui m’aiment n’osent pas trop me dire que je deviens sombre, agressive etc…
Juillet 2002, encore une convocation à l’ANPE ! quelle plaie ! encore une perte de temps : ils sont nuls ! Après une 1ière partie d’entretien durant laquelle je déverse mon amertume (peu gracieusement) sur l’interlocutrice inconnue (ça change à chaque rendez-vous), je me calme et Mme X me propose un stage chez une consultante qui va m’aider ! Comme je tiens à mes allocs et que je n’ai rien à perdre, de mauvais gré, j’accepte. RV pris, je vais à contrecœur dans les fins fonds de Créteil (c’est la zone, c’est sale, c’est moche et on a la trouille.. tout pour vous remonter le moral !) La consultante habituée à des énergumènes de mon genre, se retrouve devant un mur qui peu à peu se fissure et s’effondre.
Au bout de quelques séances, je réalise et me voit un peu mieux. Pas joli, joli ! C’est elle qui me donne un tract de Petra. Pourquoi pas ? je suis dans la cible, donc j’y vais sans trop d’arrières pensées et j’y rencontre Jean, Olivier, Sœur Myriam, Isabelle, Marie-Annick, Gérard & co. On s’apprivoise, on apprend à se connaître, on s’écoute, on se comprend, on ne se juge pas, on s’aide, on rit, on décide ensemble qu’il faut s’en sortir, on analyse nos parcours, nos désirs, la réalité du marché, on se remet debout. Nouveau CV (c’est la 100ème version !), l’espoir renaît, de nouveaux entretiens, de nouveaux dossiers, d’études (c’est fou ce que j’ai pu en faire sans jamais être payée ou embauchée, c’est une habitude dans mon secteur – il faut reconnaître que j’aime faire ce type de travail, mais quand même, çà ne nourrit pas !).
Petra c’est fini, je rencontre toujours Isabelle mon accompagnatrice, je vais mieux, mais le tourisme est de plus en plus sinistré, le réseau atone, les allocs en baisse… alors on fait quoi…
Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que je suis du genre autodidacte : sur un coup de tête j’ai arrêté mes études de Pharmacie, je me suis mise au travail en suivant des cours du soir et puis peu à peu en travaillant, j’ai grimpé les échelons. Donc, une évidence apparaît après 2 ans ½ de chômage : il me manque le diplôme qui crédibilise mon parcours.
Je m’inscris donc à Dauphine pour une formation d’un an : Economie et Stratégie d’Entreprise. Cursus pour cadre avec expérience, 8h par jour, 5 jours par semaine et 6 semaines en entreprise. Génial ! Dur au départ (les neurones sont un peu rouillés..) mais j’ai aimé apprendre, découvrir, analyser, étudier.
Mais à la fin, je n’ai toujours pas de boulot et plus d’allocations ! Jean de Petra me trouve un CES à la mairie de Rosny sous Bois, dans le cadre d’une association pour futur entrepreneur. J’y vais, toute contente de travailler un peu, de recevoir 470€ par mois (merci au pécule de licenciement sagement placé pour les jours qui viennent…)
Entre-temps, je réponds toujours aux annonces, réveille le réseau, les boîtes d’intérim etc… Septembre 2003 un coup de fil de l’amie d’une amie qui lui a remis mon CV. RV est pris, je flotte littéralement en sortant et me pince (véridique) pour être certaine de ne pas rêver. Un poste en or, un salaire plus que confortable, une Directrice que je sens bien, de beaux bureaux, (bon juste un hic, il me faut 1h de métro, mais j’aurai une voiture de fonction, donc on fera avec !) On se revoit, on se plait, affaire conclue on rédige le contrat. J’envoie pour cela les papiers demandés, le facteur doit être épuisé car ils n’arrivent pas (on les retrouvera ensuite !), j’en apporte de nouveaux exemplaires, et puis il en faut d’autres, enfin date est prise pour signer le contrat après Noël. La veille du 25, la Directrice m’appelle : « changement de stratégie, elle est virée et moi aussi ». Et Joyeux Noël !
Fin juin 2004, plus de CES, plus de ressources, le bas de laine est moins gros, là on ne rigole plus du tout.
L’intérim cadre n’a rien donné. Mais il faut bien manger, donc je mets mon orgueil en berne. Je n’ai jamais été assistante, mais j’en ai eu, donc me dis-je : je crois savoir que je pourrai m’en sortir avec un peu de "jugeotte" et d’adaptation (j’ai la chance d’être pourvue du sens de l’adaptation). Après plusieurs essais infructueux, je rencontre une consultante de Page Intérim qui croit en moi. Après 2 semaines appel pour un RV. La consultante a beaucoup insisté pour que je sois reçue, car la responsable des recrutements ne voulait pas en entendre parler : « mais elle est trop vieille, pensez donc elle a 51 printemps ! ». Je suis reçue et reçue par plusieurs personnes. Le soir sur le répondeur un message : « Marjorie pouvez-vous commencer cette semaine ? » (le Directeur pour lequel je vais travailler a fait savoir qu’il en avait rien à faire de mon demi-siècle – un homme intelligent !). Je suis embauchée pour 6 mois en remplacement pour assister le DG de la plus grosse BU d’un groupe de 5000 personnes.
Fin janvier, fin du CDD. Le Vice-Président crée un nouveau Pôle d’Activité et me demande de le rejoindre : Pendant plus de 2 mois, j’ai fêté ce CDI avec les amis et la famille. Quelle joie, quel soulagement. Bien sur mon travail est moins palpitant qu’avant, beaucoup moins lucratif, mais je travaille, mon poste a déjà bien évolué en presque un an, je suis avec des gens sympathiques et je me sens bien. Mon plan de carrière ? en fait je n’en ai jamais eu, j’ai toujours fait mes choix par intérêt du travail, il faut que cela me plaise ou que je me sente bien. L’avenir ? je n’en sais rien, car lorsque le PDG prendra sa retraite dans quelques années, que deviendra la société, nul ne le sait. Ma vie est à l’opposé de tout ce que j’ai rêvé, mais j’ai décidé de prendre ce qui m’est donné aujourd’hui et j’essaye d’y être bien et çà marche ! et je prends aussi les bons côtés de la situation, je n’ai jamais eu autant de congé et autant de temps pour faire des activités après mon travail, donc j’en profite.
Je n’ai aucune leçon à donner, chacun fait comme il peut avec ce qu’il est. Mais je me suis trop isolée, j’ai mis trop de temps à accepter de changer de secteur, de repartir de beaucoup plus bas, moins intéressant etc… A comprendre également qu’il faut vivre pleinement la situation en prenant les bons côtés (cela fait passer les mauvais). Et que l’on peut être heureux avec moins, d’argent, de responsabilités, de passion. Mais j’ai eu la chance d’être entourée de gens qui m’aiment, qui ont toujours été là, actifs ou discrets, d’avoir un tempérament curieux, adaptable ce qui me permet de trouver un intérêt là où cela apparemment l’est moins.
J’ai également eu la chance d’avoir la foi. Depuis toute petite, j’ai été élevée par des parents croyants, pratiquants et essayant de vivre leur foi quotidiennement. Ils nous ont donné deux beaux cadeaux : une belle fratrie (nous sommes 10 et heureux de l’être) et la foi. Avec le recul, je m’aperçois que le Seigneur a toujours été là, même quand je m’enfonçais il ne m’a jamais abandonnée, il y avait toujours sur ma route quelqu’un qui m’a aidé soit à voir, réfléchir, repartir ou soit à régler un problème financier.
Depuis 50 ans je lui disais chaque jour : « que ta volonté soit faite », j’ai réalisé sur le tard que tout compte fait quand je disais cela j’avais inconsciemment la réponse que j’attendais qu’il me fasse (je savais très bien ce que je voulais, et dans le fond je souhaitais que sa volonté corresponde à mes souhaits). Des évènements familiaux, affectifs, m’ont bousculée. Depuis 4/5 ans en plus de la messe, de la prière, j’ai repris ce que j’avais abandonné depuis quelques années, l’étude de l’Evangile, des textes saints et la mise en application dans la vie.
Tout ceci m’a fait réaliser qu’il fallait vraiment que je m’abandonne à sa volonté, que je lui fasse beaucoup plus confiance. Il ne veut que mon bonheur, alors ne résistons pas. Facile à dire, mais pas toujours facile à faire pour moi. Mais à partir du moment où j’ai eu cette démarche, j’ai pu entendre ses réponses (pas là où je les attendais), mais j’ai trouvé du travail, pas là où j’espérais, pour faire quelque chose que je ne désirais pas, dans un secteur d’activités qui ne m’attirait pas (logiciel, données informatiques…) j’ai dit oui, et je vous assure que je suis TRES HEUREUSE, en Paix, sereine, joyeuse, même dans cette vie qui est loin de toutes mes aspirations. Le Seigneur a utilisé mon tempérament curieux, intéressée, ce qui fait que mon poste est en train d’évoluer. J’ai eu des moments où je me suis dit que je m’embêtais, qu’il fallait que je cherche autre chose. Et puis non, je me suis dit « travaille, tais-toi, fais confiance, le Seigneur sait ce qu’il fait, il a besoin pour l’instant que tu sois là et il te veut heureuse » et Merci Mon Dieu, je le suis.