PETRA hier et aujourd’hui

Vers la fin des années 80, le chômage – qui concernait jusque-là essentiellement les salariés ouvriers et employés du secteur privé – atteignit massivement les personnels d’encadrement. Les premières vagues de licenciés crurent tout d’abord à un épiphénomène, au retour plus ou moins rapide à une situation de plein emploi. Leur chômage ne pouvait donc s’inscrire dans la durée. Mais au début des années 90, les temps de recherche s’allongèrent proportionnellement au nombre des cadres inscrits à l’ANPE. C’est dans cette configuration que Petra fut créée en 1992. Les premiers participants à ses stages étaient surtout des quinquagénaires, majoritairement des hommes. Ils souhaitaient avoir encore un avenir professionnel, même si leurs recherches s’annonçaient ardues. Ils souffraient surtout de la perte de leur statut social et familial car leur détresse reposait essentiellement sur une dilution d’identité en tant que pourvoyeurs de moyens financiers, d’agents économiques d’une société fondée en grande partie sur la capacité à consommer biens et services. Sages et attentifs, respectueux des règles et usages des séances, souvent habillés comme pour aller au bureau, leurs échanges étaient parfois enveloppés de précautions oratoires, d’euphémismes allusifs et de vouvoiements dont la courtoisie ne masquait pas toujours le désarroi.

Avec la montée continue de la courbe du chômage des cadres vint se greffer aussi la perte de la reconnaissance professionnelle provoquée notamment par la disparition d’emplois du tertiaire. Autant dire, pour certains, un sentiment d’anéantissement de soi, d’autant plus vif que l’épreuve survenait plus tôt dans leur carrière. Aux quinquagénaires des années 1990, vinrent se joindre les quadragénaires des années 2000 et aujourd’hui Petra reçoit des participants – parmi lesquels les femmes sont nombreuses – plus jeunes, plus diplômés, souvent dépourvus d’illusions et de perspectives, plus meurtris sans doute aussi. En séance le ton est plus libre, le tutoiement – quasi spontané – de rigueur, l’appréciation de l’autre plus directe tout en restant bienveillante ; les tenues vestimentaires sont aussi décontractées que les comportements. Il y a aussi peut-être une exigence de professionnalisme plus affirmée vis à vis des animateurs et des accompagnateurs, une attente plus manifeste de recettes, de résultats, de réponses à des questions précises. On perçoit un besoin plus manifeste de repères, de sens, d’acceptation de soi.