PETRA
  PASSAGE ET
  TRANSITION


Accueil
PETRA

 


L'association  PETRA

 


La Démarche de PETRA

 


Déroulement
d'une session PETRA

 


Rencontrez
PETRA

 


Témoignages

 

Interview PETRA à Radio Notre Dame

 

Interview PETRA à Radio Notre Dame (Mars 2002)

(Sœur Catherine Myriam, Paul Combeau)

 

RND : Aujourd’hui nous allons parler de PETRA, association pour des cadres ayant perdu leur emploi après 40 ans, il y a comme cela quelques critères pour être plus efficace dans la recherche. C’est une association qui regroupe une équipe de combien de personnes à peu près, Paul Combeau ?

PC : Il y a 6 animateurs pour le travail en groupe et les travaux pratiques et une bonne vingtaine d’accompagnateurs, plus quelques personnes qui font l’accueil des premières demandes des gens intéressés.

RND : Puisque l’accompagnement individuel c’est quelque chose de très très important dans, je dirai, entre guillemets, dans la formation que vous faites, enfin, ce n’est pas une formation, le mot n’est pas approprié.

PC : Je pense que l’une des originalités de PETRA est de combiner deux approches. D’une part un travail en groupe, assez structuré, qui dure un peu plus de deux mois, qui demande un travail important, et qui est conduit par des animateurs. D’autre part, un accompagnement personnel pour chacun des participants, de sorte que, en tête-à-tête une fois par semaine, entre un accompagné et un accompagnateur il puisse s’établir une relation de confiance, une relecture, une possibilité d’écho et d’écoute attentive, de façon à aider à progresser.

RND : C’est important puisque, après 40 ans, c’est quand même une époque charnière dans la vie, on arrive, on peut dire, à la moitié de sa vie, on a travaillé auparavant, qu’est-ce qu’on va faire après, donc il y a toutes ces questions qu’il faut se poser, et vous aidez ces personnes à se poser ces questions.

PC : C’est justement la raison pour laquelle la cible, si on peut l’appeler comme cela, a été choisie de cette façon là. Il nous semble qu’à un certain moment de sa vie, ça vaut la peine, en profondeur, de faire le point sur ce qu’on est, sur ce qu’on a envie de faire, du sens qu’on veut donner à sa vie et que la recherche d’une activité professionnelle, est complètement indissociable de ces questions beaucoup plus personnelles, de l’ensemble de la dimension de la personne, y compris de la dimension spirituelle. Ce travail c’est ce pourquoi PETRA a été créé.

RND : Vous prenez finalement le contre pied du chômage qui peut être considéré comme quelque chose de très négatif, ce qui est vrai évidemment dans la vie, mais pourtant vous dites : eh! bien tant mieux, on va pouvoir réfléchir ensemble à ce que vous voulez faire après

PC : C’est vrai que ce n’est pas évident, a priori, de considérer le chômage comme un passage, une transition. C’est pourtant bien là le titre de PETRA, c’est ça que cela veut dire : Passage et Transition. En fait, il nous semble que c’est une occasion, une fois qu’on a trouvé le moyen de surmonter, de faire le deuil du travail qu’on a perdu, c’est une occasion de retrouver confiance en soi, de retrouver ses lignes de force et de s’en servir pour trouver un nouveau travail et aussi pour orienter sa vie, de nouveau, pour une nouvelle période.

RND : Le lien avec la communauté chrétienne de l’Assomption, il apporte quoi en plus ?

SCM : Eh! bien, je pense qu’il apporte un travail fait ensemble, ce qui est très important pour nous et pour l’Eglise, car c’est un travail d’Eglise, et quand on dit communauté chrétienne Assomption, c’est à la fois la paroisse, car nous avons eu des animateurs et des accompagnateurs qui étaient de la paroisse, et aussi de notre communauté religieuse, rue de l’Assomption. Je pense que cela apporte une dimension humaine et spirituelle qui peut aider à faire de ce passage et de cette période un tremplin pour redémarrer, pour repartir.

RND : Les sœurs se sont impliquées parce que cela correspondait complètement au charisme de l’ordre ?

SCM : Cela correspond tout à fait à notre mission d’éducatrices, que l’Eglise nous a confié au moment de la fondation, qui consiste à faire grandir l’Autre, à l’aider à s’appuyer sur ses propres valeurs, ses propres potentialités qu’il redécouvre, car souvent en période de chômage on perd tout et on croit qu’on n’est plus rien. Les stagiaires le disent eux-mêmes au début du stage : je ne vaux rien, je ne suis rien, etc… et petit à petit, «en retrouvant soi même ses propres qualités, ses vertus naturelles» comme disait notre fondatrice Marie-Eugénie, les stagiaires arrivent à se remettre debout.

RND : L’être humain doit se sentir bien avant d’attaquer les questions spirituelles ?

SCM : L’être humain doit se sentir d’aplomb, bien dans sa tête, bien dans ses pompes, sinon il n’arrivera jamais à parler normalement à Dieu comme à une personne.

RND : Vous n’êtes quand même pas là pour soigner les personnes de maux qui sont engendrés par le chômage ?

PC : Je crois que tout le travail de PETRA, que ce soit le travail en groupe au sein duquel s’établit une grande confiance et une grande ouverture, que ce soit dans l’accompagnement individuel, ce travail apporte, je crois, un soutien très important pour prendre confiance en soi et être capable de re-mobiliser son énergie et repartir. En revanche si des personnes ont été à ce point traumatisées par des expériences antérieures qu’elles sont dans une situation caractérisée de dépression, pour cela, nous ne sommes pas capables d’apporter quelque chose, parce que nous n’en avons pas les compétences.

RND : Qu’est-ce qui vous différencie d’un groupe de recherche d’emploi de l’ANPE ou de l’APEC, ceux qui sont spécialisés pour les cadres ?

PC : Nous ne sommes sûrement pas une agence présentant des offres d’emploi, donnant des listes d’offres d’emploi. Nous ne sommes pas des pourvoyeurs d’adresses, d’annuaires professionnels, etc.. Nous ne fournissons pas non plus un recueil de recettes techniques de recherche d’emploi. Beaucoup plus fondamentalement nous pensons aider les intéressés à retrouver de la confiance en eux, de la cohérence entre leur personnalité et leur recherche, de façon à ce que tout cela sonne «clair» et sonne «juste». En effet, un recruteur est extrêmement attentif à toutes les fêlures qui peuvent exister et tout le travail de PETRA consiste à redonner de la solidité et de la cohérence entre le projet de l’intéressé, sa personnalité et la confiance qu’il a en lui-même.

RND : Il y avait un vide, justement pour ce type d’aide. L’originalité de PETRA, c’est qu’au bout des 2 mois de session, cela ne s’arrête pas là. Si la personne a envie de continuer son chemin de réflexion sur elle-même, l’association en ferme pas sa porte, c’est bien cela ?

PC : Effectivement. D’une part, l’accompagnement dure aussi longtemps que le stagiaire n’a pas retrouvé une situation personnelle, avec sa dimension professionnelle mais pas seulement, dans laquelle il se sente en équilibre. D’autre part, PETRA continue à inviter les stagiaires qui ont terminé leur stage pour qu’ils puissent se retrouver et continuer à travailler ensemble certaines questions où à s’entraider dans leurs recherches d’emploi.

RND : On a beaucoup parlé de l’accompagnement, détaillons maintenant la session PETRA, association qui permet à des cadres de plus de 40 ans frappés par le chômage de réfléchir ensemble à leurs problèmes pour trouver des solutions. C’est une bonne définition de PETRA ?

SCM :  Effectivement les stagiaires viennent réfléchir et chercher ensemble, même s’ils ne le savent pas trop au début du stage. Il est d’ailleurs assez impressionnant de voir, au début du stage, le mardi après-midi ou le samedi matin, comment «la mayonnaise prend», rapidement pour la plus part des groupes. Ce sont des personnes qui ne se connaissent pas, qui sont un peu intimidées, qui sont aussi un peu amochées par leur situation personnelle et qui arrivent cependant à partager assez simplement ce qui fait le profond de leur douleur, de leur peine. Ces stagiaires savent aussi tellement bien recevoir ce que l’autre porte, ce que l’autre vit, qu’ils s’entraident assez vite. En effet, ils reviennent la semaine suivante en apportant à tel ou tel des tuyaux ou des adresses, montrant ainsi qu’ils ont pensé aux autres. Il y a une espèce d’osmose qui se fait et qui est assez impressionnante. Souvent les personnes ne s’attendent pas à cela ou ont un peu peur de ce genre de partage en se demandant ce qui va se passer. Finalement, humainement parlant, c’est quelque chose qui les aide beaucoup. Il y a aussi, évidemment, le rôle des animateurs qui doivent  à la fois susciter le dialogue et temporiser, tenir un équilibre.

RND : La démarche, à la base, n’est pas facile, surtout quand on sait que les cadres sont  des personnes souvent seules dans l’entreprise, il faut le noter. Dans le cadre de PETRA, il faut parler aux autres …

SCM : Oui, parler aux autres de quelque chose de très profond, qui vous tient à cœur et qui n’est pas facile à dire car le stagiaire se sent en position d’échec et que l’échec ne se partage pas facilement.

RND : A présent, lors des entretiens individuels, les questions de spiritualité sont souvent présentes ?

SCM : Oui, pour certains c’est très présent, pour d’autres, non. Je pense qu’il y a souvent un très bon dialogue, plus ou moins long, selon les personnes, qui s’établit et qui est vraiment constructif. On voit beaucoup de stagiaires qui reviennent avec plaisir et qui ont besoin de retrouver leur accompagnateur pour poser des questions, pour parler du rendez-vous à venir, ou du rendez-vous passé. Il y a vraiment presque une amitié qui se crée et qui est vraiment très aidante pour le stagiaire. En même temps il y a des stagiaires qui, pendant tout le stage, ouvriront à peine la bouche, mais qui partiront en disant «merci, grâce à PETRA, j’ai découvert quelque chose». C’est arrivé à l’avant dernier stage. Nous nous sommes dit «comment va t’il repartir ?», nous étions un peu inquiets, et en fait il est reparti avec un grand sourire en disant «merci j’ai trouvé quelque chose grâce à vous».

RND : On peut parler de quelques statistiques, le nombre de personnes qui sont déjà passées au sein de PETRA depuis 1992…

PC : depuis 1992, il y a eu environ 20 stages d’organisés, les stages ont en moyenne 10 participants, cela fait à peu près 200 personnes qui ont effectué le parcours PETRA. Ce que l’on peut dire sur le succès de PETRA est un peu difficile à exprimer car ce n’est pas exactement de l’ordre des mathématiques, mais environ deux tiers de ceux qui sont passés par PETRA ont retrouvé une activité, sous une forme ou sous une autre, une activité qui les satisfasse. Certains ont pu avoir des périodes de rechute, mais comme le lien est maintenu, ils sont toujours suivis par l’accompagnateur jusqu’à temps qu’ils retrouvent.

Il est important de souligner que dans la relation entre l’accompagnateur et le participant au stage, l’accompagnateur, finalement, et c’est peut-être cela qui traduit la dimension spirituelle de PETRA, essaie d’apporter une écoute attentive, une écoute, bienveillante, ce qui ne veut pas dire laxiste. En effet, de temps en temps, il faut secouer un peu l’intéressé, mais cela fait partie de la bienveillance ! Je crois que c’est utile pour redonner confiance, non pas une confiance aveugle, mais une confiance active qui met en mouvement. Par ailleurs, tous ceux qui sont passés à PETRA, forment, avec les animateurs et les accompagnateurs, une grande famille. Nous avons chaque année, un déjeuner où tous sont invités et une bonne moitié vient, ce qui fait que, au fil des années cela fait un groupe de plus en plus important. Nous savons aussi que certains participants d’un même stage ont noué des amitiés fortes et continuent à s’épauler en dehors de l’Assomption.

RND : C’est donc une petite entreprise humaine qui se met en place à l’Assomption ! Implicitement c’est peut-être un retour à certaines valeurs, pour les personnes qui viennent à PETRA, qui les avaient oubliées dans la dureté des entreprises d’aujourd’hui.

SCM : Je pense que la dimension de la relation humaine, sa valeur, son impact sur l’être humain, est une valeur importante redécouverte au sein de PETRA. Souvent, à cause de ce que les stagiaires ont vécu dans l’entreprise, ils n’ont plus tellement confiance les uns dans les autres. Au sein de PETRA, ils redécouvrent que l’on peut s’entraider, que l’on peut aider l’autre à se mettre en valeur, que la rivalité n’est plus obligatoire, toutes choses qui sont stressantes et harcelantes.

* * * * *