(Sœur Catherine Myriam, Paul
Combeau)
RND :
Aujourd’hui nous allons parler de PETRA, association pour des
cadres ayant perdu leur emploi après 40 ans, il y a comme cela
quelques critères pour être plus efficace dans la recherche.
C’est une association qui regroupe une équipe de combien de
personnes à peu près, Paul Combeau ?
PC : Il y a 6
animateurs pour le travail en groupe et les travaux pratiques et
une bonne vingtaine d’accompagnateurs, plus quelques personnes
qui font l’accueil des premières demandes des gens intéressés.
RND : Puisque
l’accompagnement individuel c’est quelque chose de très très
important dans, je dirai, entre guillemets, dans la formation
que vous faites, enfin, ce n’est pas une formation, le mot n’est
pas approprié.
PC : Je pense que l’une
des originalités de PETRA est de combiner deux approches. D’une
part un travail en groupe, assez structuré, qui dure un peu plus
de deux mois, qui demande un travail important, et qui est
conduit par des animateurs. D’autre part, un accompagnement
personnel pour chacun des participants, de sorte que, en
tête-à-tête une fois par semaine, entre un accompagné et un
accompagnateur il puisse s’établir une relation de confiance,
une relecture, une possibilité d’écho et d’écoute attentive, de
façon à aider à progresser.
RND : C’est important
puisque, après 40 ans, c’est quand même une époque charnière
dans la vie, on arrive, on peut dire, à la moitié de sa vie, on
a travaillé auparavant, qu’est-ce qu’on va faire après, donc il
y a toutes ces questions qu’il faut se poser, et vous aidez ces
personnes à se poser ces questions.
PC : C’est justement la
raison pour laquelle la cible, si on peut l’appeler comme cela,
a été choisie de cette façon là. Il nous semble qu’à un certain
moment de sa vie, ça vaut la peine, en profondeur, de faire le
point sur ce qu’on est, sur ce qu’on a envie de faire, du sens
qu’on veut donner à sa vie et que la recherche d’une activité
professionnelle, est complètement indissociable de ces questions
beaucoup plus personnelles, de l’ensemble de la dimension de la
personne, y compris de la dimension spirituelle. Ce travail
c’est ce pourquoi PETRA a été créé.
RND : Vous prenez
finalement le contre pied du chômage qui peut être considéré
comme quelque chose de très négatif, ce qui est vrai évidemment
dans la vie, mais pourtant vous dites : eh! bien tant mieux, on
va pouvoir réfléchir ensemble à ce que vous voulez faire après
PC : C’est vrai que ce
n’est pas évident, a priori, de considérer le chômage comme un
passage, une transition. C’est pourtant bien là le titre de
PETRA, c’est ça que cela veut dire : Passage et Transition. En
fait, il nous semble que c’est une occasion, une fois qu’on a
trouvé le moyen de surmonter, de faire le deuil du travail qu’on
a perdu, c’est une occasion de retrouver confiance en soi, de
retrouver ses lignes de force et de s’en servir pour trouver un
nouveau travail et aussi pour orienter sa vie, de nouveau, pour
une nouvelle période.
RND : Le lien avec la
communauté chrétienne de l’Assomption, il apporte quoi en plus ?
SCM : Eh! bien, je
pense qu’il apporte un travail fait ensemble, ce qui est très
important pour nous et pour l’Eglise, car c’est un travail
d’Eglise, et quand on dit communauté chrétienne Assomption,
c’est à la fois la paroisse, car nous avons eu des animateurs et
des accompagnateurs qui étaient de la paroisse, et aussi de
notre communauté religieuse, rue de l’Assomption. Je pense que
cela apporte une dimension humaine et spirituelle qui peut aider
à faire de ce passage et de cette période un tremplin pour
redémarrer, pour repartir.
RND : Les sœurs se sont
impliquées parce que cela correspondait complètement au charisme
de l’ordre ?
SCM :
Cela correspond tout à fait à notre mission d’éducatrices, que
l’Eglise nous a confié au moment de la fondation, qui consiste à
faire grandir l’Autre, à l’aider à s’appuyer sur ses propres
valeurs, ses propres potentialités qu’il redécouvre, car souvent
en période de chômage on perd tout et on croit qu’on n’est plus
rien. Les stagiaires le disent eux-mêmes au début du stage : je
ne vaux rien, je ne suis rien, etc… et petit à petit, «en
retrouvant soi même ses propres qualités, ses vertus naturelles»
comme disait notre fondatrice Marie-Eugénie, les stagiaires
arrivent à se remettre debout.
RND : L’être humain
doit se sentir bien avant d’attaquer les questions
spirituelles ?
SCM : L’être humain
doit se sentir d’aplomb, bien dans sa tête, bien dans ses
pompes, sinon il n’arrivera jamais à parler normalement à Dieu
comme à une personne.
RND : Vous n’êtes quand
même pas là pour soigner les personnes de maux qui sont
engendrés par le chômage ?
PC : Je crois que tout
le travail de PETRA, que ce soit le travail en groupe au sein
duquel s’établit une grande confiance et une grande ouverture,
que ce soit dans l’accompagnement individuel, ce travail
apporte, je crois, un soutien très important pour prendre
confiance en soi et être capable de re-mobiliser son énergie et
repartir. En revanche si des personnes ont été à ce point
traumatisées par des expériences antérieures qu’elles sont dans
une situation caractérisée de dépression, pour cela, nous ne sommes
pas capables d’apporter quelque chose, parce que nous n’en avons
pas les compétences.
RND : Qu’est-ce qui
vous différencie d’un groupe de recherche d’emploi de l’ANPE ou
de l’APEC, ceux qui sont spécialisés pour les cadres ?
PC : Nous ne sommes
sûrement pas une agence présentant des offres d’emploi, donnant
des listes d’offres d’emploi. Nous ne sommes pas des pourvoyeurs
d’adresses, d’annuaires professionnels, etc.. Nous ne
fournissons pas non plus un recueil de recettes techniques de
recherche d’emploi. Beaucoup plus fondamentalement nous pensons
aider les intéressés à retrouver de la confiance en eux, de la
cohérence entre leur personnalité et leur recherche, de façon à
ce que tout cela sonne «clair» et sonne «juste». En effet, un
recruteur est extrêmement attentif à toutes les fêlures qui
peuvent exister et tout le travail de PETRA consiste à redonner
de la solidité et de la cohérence entre le projet de
l’intéressé, sa personnalité et la confiance qu’il a en
lui-même.
RND : Il y avait un
vide, justement pour ce type d’aide. L’originalité de PETRA,
c’est qu’au bout des 2 mois de session, cela ne s’arrête pas là.
Si la personne a envie de continuer son chemin de réflexion sur
elle-même, l’association en ferme pas sa porte, c’est bien
cela ?
PC : Effectivement.
D’une part, l’accompagnement dure aussi longtemps que le
stagiaire n’a pas retrouvé une situation personnelle, avec sa
dimension professionnelle mais pas seulement, dans laquelle il
se sente en équilibre. D’autre part, PETRA continue à inviter
les stagiaires qui ont terminé leur stage pour qu’ils puissent
se retrouver et continuer à travailler ensemble certaines
questions où à s’entraider dans leurs recherches d’emploi.
RND : On a beaucoup
parlé de l’accompagnement, détaillons maintenant la session
PETRA, association qui permet à des cadres de plus de 40 ans
frappés par le chômage de réfléchir ensemble à leurs problèmes
pour trouver des solutions. C’est une bonne définition de
PETRA ?
SCM :
Effectivement les stagiaires viennent réfléchir et chercher
ensemble, même s’ils ne le savent pas trop au début du stage. Il
est d’ailleurs assez impressionnant de voir, au début du stage,
le mardi après-midi ou le samedi matin, comment «la mayonnaise
prend», rapidement pour la plus part des groupes. Ce sont des
personnes qui
ne se connaissent pas, qui sont un peu intimidées, qui sont
aussi un peu amochées par leur situation personnelle et qui
arrivent cependant à partager assez simplement ce qui fait le
profond de leur douleur, de leur peine. Ces stagiaires savent
aussi tellement bien recevoir ce que l’autre porte, ce que
l’autre vit, qu’ils s’entraident assez vite. En effet, ils
reviennent la semaine suivante en apportant à tel ou tel des
tuyaux ou des adresses, montrant ainsi qu’ils ont pensé aux
autres. Il y a une espèce d’osmose qui se fait et qui est assez
impressionnante. Souvent les personnes ne s’attendent pas à cela
ou ont un peu peur de ce genre de partage en se demandant ce qui
va se passer. Finalement, humainement parlant, c’est quelque
chose qui les aide beaucoup. Il y a aussi, évidemment, le rôle
des animateurs qui doivent à la fois susciter le dialogue et
temporiser, tenir un équilibre.
RND : La démarche, à la
base, n’est pas facile, surtout quand on sait que les cadres
sont des personnes souvent seules dans l’entreprise, il faut le
noter. Dans le cadre de PETRA, il faut parler aux autres …
SCM : Oui, parler aux
autres de quelque chose de très profond, qui vous tient à cœur
et qui n’est pas facile à dire car le stagiaire se sent en
position d’échec et que l’échec ne se partage pas facilement.
RND : A présent, lors
des entretiens individuels, les questions de spiritualité sont
souvent présentes ?
SCM : Oui, pour
certains c’est très présent, pour d’autres, non. Je pense qu’il
y a souvent un très bon dialogue, plus ou moins long, selon les
personnes, qui s’établit et qui est vraiment constructif. On
voit beaucoup de stagiaires qui reviennent avec plaisir et qui
ont besoin de retrouver leur accompagnateur pour poser des
questions, pour parler du rendez-vous à venir, ou du rendez-vous
passé. Il y a vraiment presque une amitié qui se crée et qui est
vraiment très aidante pour le stagiaire. En même temps il y a
des stagiaires qui, pendant tout le stage, ouvriront à peine la
bouche, mais qui partiront en disant «merci, grâce à PETRA, j’ai
découvert quelque chose». C’est arrivé à l’avant dernier stage.
Nous nous sommes dit «comment va t’il repartir ?», nous étions
un peu inquiets, et en fait il est reparti avec un grand sourire
en disant «merci j’ai trouvé quelque chose grâce à vous».
RND : On peut parler de
quelques statistiques, le nombre de personnes qui sont déjà
passées au sein de PETRA depuis 1992…
PC : depuis 1992, il y
a eu environ 20 stages d’organisés, les stages ont en moyenne 10
participants, cela fait à peu près 200 personnes qui ont
effectué le parcours PETRA. Ce que l’on peut dire sur le succès
de PETRA est un peu difficile à exprimer car ce n’est pas
exactement de l’ordre des mathématiques, mais environ deux tiers
de ceux qui sont passés par PETRA ont retrouvé une activité,
sous une forme ou sous une autre, une activité qui les
satisfasse. Certains ont pu avoir des périodes de rechute, mais
comme le lien est maintenu, ils sont toujours suivis par
l’accompagnateur jusqu’à temps qu’ils retrouvent.
Il est important de souligner que dans la relation entre
l’accompagnateur et le participant au stage, l’accompagnateur,
finalement, et c’est peut-être cela qui traduit la dimension
spirituelle de PETRA, essaie d’apporter une écoute attentive,
une écoute, bienveillante, ce qui ne veut pas dire laxiste. En
effet, de temps en temps, il faut secouer un peu l’intéressé,
mais cela fait partie de la bienveillance ! Je crois que c’est
utile pour redonner confiance, non pas une confiance aveugle,
mais une confiance active qui met en mouvement. Par ailleurs,
tous ceux qui sont passés à PETRA, forment, avec les animateurs
et les accompagnateurs, une grande famille. Nous avons chaque
année, un déjeuner où tous sont invités et une bonne moitié
vient, ce qui fait que, au fil des années cela fait un groupe de
plus en plus important. Nous savons aussi que certains
participants d’un même stage ont noué des amitiés fortes et
continuent à s’épauler en dehors de l’Assomption.
RND : C’est donc une
petite entreprise humaine qui se met en place à l’Assomption !
Implicitement c’est peut-être un retour à certaines valeurs,
pour les personnes qui viennent à PETRA, qui les avaient
oubliées dans la dureté des entreprises d’aujourd’hui.
SCM : Je pense que la
dimension de la relation humaine, sa valeur, son impact sur
l’être humain, est une valeur importante redécouverte au sein de
PETRA. Souvent, à cause de ce que les stagiaires ont vécu dans
l’entreprise, ils n’ont plus tellement confiance les uns dans
les autres. Au sein de PETRA, ils redécouvrent que l’on peut
s’entraider, que l’on peut aider l’autre à se mettre en valeur,
que la rivalité n’est plus obligatoire, toutes choses qui sont
stressantes et harcelantes.
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